093 JOURS ARRIVE A COMPOSTELLE DE Sébastien WIMMER

11 juillet 2018   

IL L’A FAIT de BELFORT à SANTIAGO , L’IMMORTELLE RANDONNEE AU BOUT DE L’ENNUI.

ULTIME HOMMAGE A NOTRE ASORIEN.

Car Faire le chemin de Saint-Jacques, c'est bien plus qu'une randonnée : le corps et l'esprit sont mis à l'épreuve. On commence à marcher et on finit Pèlerin.  L'aventure est digne des meilleures pratiques de développement personnel. Et peut changer la vie.

Il est parti de Belfort pour 2218 km afin de rejoindre Santagio, à pied, en connaissant au fil du chemin, la joie, la souffrance, et la méditation. Il a dormi à la dure, en gîte ou en hôtel. Peu importe... il a fait partie, comme chaque année, des centaines de milliers à se lancer sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, troquant la cape et le bourdon de pèlerin du Moyen Âge pour un « total look ». Coquille Saint-Jacques accrochée au sac à dos, il a sillonné, kilomètre après kilomètre, les sentiers balisés de la Via Podiensis ou du Camino Frances.

Au fil des étapes, il a traversé les plateaux sauvages de l'Aubrac, les prairies verdoyantes du Gévaudan, les plaines désolées de Galice jusqu'à atteindre la cathédrale Saint-Jacques, à Compostelle, au nord-ouest de l'Espagne. En 2018, il fait partie des 300 000 à faire tamponner leur Compostela (certificat du pèlerin) à Santiago. Pour information, en 2005, le Bureau des pèlerins n'en comptait que 56 000. Au départ du Puy-en-Velay, ils sont quelques 35 000 chaque année à prendre la route. Deux fois plus qu'il y a dix ans.

Longtemps tombé en désuétude, le chemin de Compostelle connaît un incroyable renouveau depuis la fin des années 80. Ceux qui s'y sont aventurés une première fois n'ont souvent qu'une idée en tête : récidiver.

Croyants, athées, randonneurs, en famille, seul ou à deux : chacun a ses raisons de tailler la route. Les motivations affichées sont de moins en moins religieuses (38%), souvent spirituelles (54%), et parfois sportives (8%). Mais si le pèlerin moderne ne part plus pour faire pénitence, sa démarche n'en demeure pas moins profondément introspective. Dépassement de soi, besoin de solitude ou au contraire de partage, défi personnel ou envie de faire le vide... « Le plus souvent, la décision de partir correspond à la fin d'un cycle personnel, à un point de rupture dans sa vie", précise Jean-Paul Grimaud. Fin d'études, changement de cap professionnel, séparation, décès... C'est sans doute cette quête d'intériorité qui distingue le chemin de Saint-Jacques des nombreux autres sentiers de randonnée. Et c'est sans doute son caractère non exclusivement religieux qui le sépare des autres pèlerinages. Un engouement qui ne se dément pas année après année.

Une parenthèse enchantée

En augmentation constante de 10% depuis dix ans, le chemin de Compostelle échappe à toute classification. Il séduit indistinctement retraités et étudiants cherchant à occuper leur temps que des cadres et chefs d'entreprise voulant s'en accorder un peu plus. Sébastien WIMMER, Grand vendeur de voitures Citroën dans la région de Franche-Comté, a usé ses semelles sue ce chemin prestigieux... Pour ce citadin hyperactif et ultra sollicité, l'expérience du pèlerinage constitue une pause salutaire, voire « une parenthèse enchantée ». Alors, malgré la fatigue, l'effort, le poids du sac et le manque de confort, qu'est ce qui le pousse à marcher, pendant 12 semaines, jusqu'à 30 km par jour ? Que trouve-t-il au bout du chemin ?

À 50 ans, Sébastien WIMMER se définit comme l'archétype : « La totale avec enfants dans le privé, reconnaissance sociale et grosse voiture » place importante dans la concession Nedey la plus grosse d’Europe ayant son siège social à Montbéliard, il enchaîne des journées de dix-huit heures entre vie familiale, gestion des ventes et relations clients. « En mars 2016, au bord d'un burn-out, J'ai compris que je m'auto-aliénais. Au même moment, j'ai rencontré des personnes qui m'ont parlé du chemin. Du détachement, de la nature, de la qualité des rencontres. En résumé, ils me racontaient une vie à l'opposé de la mienne. Il fallait que je parte ». À sa quête spirituelle s'ajoute le dépassement physique, il décide de partir seul sur la route, en autonomie totale avec douze kilos dans son sac à dos. « Je n'avais jamais fait cela, j'étais plutôt habitué aux hôtels cinq étoiles ! Mais j'avais besoin de me couper du monde. J'ai dû affronter mes peurs. Marcher demande de la détermination. J'ai appris à dépasser l'effort physique, à m'écouter et à me respecter »

Ce besoin de solitude a été aussi la principale motivation de Sébastien, randonneur impénitent afin de devenir Pèlerin, il fait Saint-Jacques et pour cette première fois c'est avec l'intention se retrouver seul. Mais petit à petit, son voyage est devenu une affaire de groupe. Au-delà de l'aspect culturel et sportif qui le motivait, il est parti à un moment de sa vie où il avait besoin d'un break et de faire le point. Il a sous-estimé qu'il y aurait autant de rencontres. Paradoxalement, cela l'a enchanté. Mais cette fois, ce n'était plus que de la solitude qu'il était venu chercher, mais au contraire « l'ambiance et les rencontres du chemin ». Car c'est bien là l'un des paradoxes de ce pèlerinage. Alors que la plupart des pèlerins partent en quête de solitude, les rencontres et la convivialité figurent en bonne place dans les témoignages. Des rencontres affranchies du regard social », des accueillants qui sont en permanence dans l’échange. On rencontre des tas de personnes différentes avec des histoires de vie étonnantes“, s'enthousiasme Sébastien. Ce mélange des genres et des profils, que l'on ne retrouve dans aucun autre chemin de randonnée, contribue à faire tomber les masques et à brouiller les repères.

Conçu sur le chemin

Au côté de Sébastien, il y avait ainsi ce Norvégien qui, à 80 ans, refaisait le chemin pour la huitième fois, il y eut cette troupe de jeunes comédiens qui le soir, à chaque étape, se produisait sur les places des villages étapes. Au côté de Sébastien, il y avait le bien nommé « Hilo Del camino (le fils du chemin) », conçu et né sur le chemin dans les années 80 avant d'y revenir une fois adulte et d'y passer six années, vivant de petits boulots. « Avec mon sac à dos et mon short, je n'étais plus un des meilleurs de l'entreprise en vue dans ma région », raconte Sébastien. « C'est peut-être le seul endroit où on ne vous demande pas ce que vous faites dans la vie », s'étonne Sébastien. C'est un fait, sur le chemin, la question d'usage n'est pas de savoir ce que vous faites dans la vie mais plutôt :« D'où vous venez, où vous allez ?» Et, éventuellement plus loin dans l'intimité : « Comment vont vos pieds ? »

Sébastien le Commercial, lui, venait de Belfort et comptait atteindre Compostelle. L'histoire ne dit pas, justement, s'il avait mal aux pieds. Mais mal à l'âme, sûrement, il est parti en solitaire pendant trois mois, en quête de dépouillement. Avec la solitude, il fait vraiment partie des dimensions à découvrir. Seul, le ressenti est très fort. Il était dans un état très particulier, presque exalté. Il marchait parfois 30 kilomètres. Il était totalement porté, Il était fatigué de la routine, et avait tout juste 50 ans fêtés sur le chemin avec son Père qui était le super cadeau d’anniversaire, et avait le sentiment que tout pouvait s'arrêter et qu’il voulait se prouver qu’il était capable de faire autre chose que de l'argent, qui avait toujours été un moteur dans sa vie » Cette expérience m'a apporté des réponses. Cela a été une très grosse leçon. Le chemin a nourri mon rapport aux autres, à la possession. Il a réellement transformé ma vie ».

Autre singularité de ces sentiers : même quand les motivations ne sont pas religieuses, elles ne sont pas dépourvues de spiritualité et les propos flirtent parfois avec l'ésotérisme. « Saint-Jacques est un chemin hautement énergétique, des milliers de personnes y sont passées, c'est plein d'énergies positives et on les sent », tout en s'inquiétant de savoir si ses propos ne semblent pas trop « perchés ». Et d’aller encore plus loin. « Marcher sur les traces de », cela n'a rien d'anodin. Il se passe quelque chose de très fort. « Quand je suis parti seul, la notion d'ange gardien était très présente ».

Le sac, la maison du Pèlerin

Plus étonnant encore, le rapport du pèlerin à son sac à dos ! À les entendre, le port du sac est une question quasi métaphysique. Dans « Immortelle randonnée », il faut traiter la question sous forme de parabole : « Si votre sac est trop lourd, c'est que vous avez peur ». Peur de manquer, peur d'avoir froid, peur d'avoir faim...mais encore plus sophistiquée. « Le sac est la colonne vertébrale et le cerveau du pèlerin. Il est très important de porter son sac. S'il est trop lourd, c'est que votre tête est trop lourde. Il existe un lien entre votre esprit et votre sac. Donc, si vous ne le portez pas, ce lien est coupé. Si cette analyse peut sembler obscure aux non-initiés, la plus accessible : « Le sac, c'est votre maison. Quand on est itinérant sur plusieurs semaines, on comprend mieux les priorités et on se rend compte qu'on peut se passer de beaucoup de choses ».

Gestion des priorités, connaissance de soi, ressourcement, confiance, lâcher prise... Et si le chemin concrétisait, à sa façon, tous ces objectifs visés par les différentes techniques de développement personnel ? Depuis la PNL (Programmation neurolinguistique) à la TCC (Thérapie comportementale et cognitive), en passant par la sophrologie et la méditation. Elles sont complémentaires, « Quand on est patron, on fonctionne surtout avec le mental. Avec la thérapie cognitive par exemple, on travaille sur la compréhension des liens rationnels entre les événements. À l'inverse, en pèlerinage, on est dans le ressenti et dans le lâcher-prise » Bien que l'expérience ait été déterminante, c’et hyperactif avoue toutefois ne pas avoir suivi la moitié des résolutions prises pendant son chemin, notamment en ce qui concerne la décélération du rythme de vie. « Maintenant au moins j'en ai conscience, mais je vais avoir besoin d'une piqûre de rappel !» lance Sébastien.

Mais alors, au-delà d'une parenthèse enchantée, que reste-t-il concrètement au fil des kilomètres. « Cette expérience va avoir un réel impact sur ma vie professionnelle. En travaillant sur la confiance, par exemple, d’avoir appris à être moins sur le dos de mes collaborateurs. Elle va changer mon mode de relation avec mes clients et même la nature de mes prestations. Avant, je m'occupais essentiellement de communication externe, aujourd'hui je vais m'intéresser davantage à améliorer les relations en interne au sein de l’entreprise. Et puis, j'ai appris à suivre à mes intuitions. Aujourd'hui, je me rends compte que ça marche à tous les coups, simplement en une phrase : « Je conseillerais cette expérience à tous ceux qui veulent trouver les béquilles et les armes que l'on a en soi ». De quoi faire pâlir bon nombre de coachs et thérapeutes...

Aux portes de Santiago….Sébastien a le sourire

Il est enfin arrivé au bout de 93 jours en ayant parcouru 2218 km avec une moyenne journalière de 23,84 km sans jour de repos. Il vient de franchir le panneau de Compostelle dans la matinée du 1er Juillet 2018 après une courte étape réalisée à la fraîcheur du matin.

Au n°1 Rua de Villar (juste à côté de la cathédrale) se trouve l’Office d’accueil
des pèlerins qui délivre la compostela. C’est un grand moment pour le pèlerin Sébastien. C’est le tampon du grâle qui lui donne la validité de son parcours. Ensuite, il faut trouver le refuge et penser à ces lieux à visiter.

« A la cathédrale, on célèbre la messe des pèlerins tous les jours à midi.
Au célèbre portail de la gloire, on ne peut plus mettre ses doigts dans les traces laissées par tous les pèlerins qui t’ont précédés sur la colonne de Jessé
supportant le Christ et le Saint-Jacques.
Il n’est plus possible de poser son front contre celui de maître Matéo représenté au dos de cette colonne, dans l’espoir d’obtenir une idée du génie 
au dos de cette colonne, dans l’espoir d’obtenir une idée de génie du créateur du portique de la gloire.
Après avoir parcouru la nef en silence, tu iras te recueillir dans la crypte 
devant le tombeau de Saint Jacques; un autre escalier conduit à la statue qui surplombe le maître-autel, et tu pourras alors faire l’Abrazo al Apostolo, c’est-à-dire l’accolade. En tant que français, tu auras à cœur de te recueillir dans la chapelle du Roi de France, encore appelée chapelle du Sauveur (chapelle axiale derrière le chœur, à côté de la porte sainte intérieure. En dehors des années saintes, le botafumeiro (encensoir géant) est actionné.
Tu auras à cœur de te recueillir dans la chapelle du Roi de France, encore appelée chapelle du Sauveur (chapelle axiale derrière le chœur, à côté de la porte sainte intérieure.
En dehors des années saintes, le botafumeiro (encensoir géant) est actionné
à l’occasion des grandes fêtes religieuses, ou le jour de la fête d’un grand saint. (Saint Sauveur (chapelle axiale derrière le chœur, à côté de la porte sainte intérieure.)
Les jours d’affluence, il est vivement conseillé d’aller à la cathédrale le matin, dès l’ouverture.
L’Office de Tourisme, 43 Rua do Vilay, te donnera un plan de la ville et toutes informations pour la visite de la ville ou les excursions.
Place de l’Obradorio, l’Hôtel des Rois Catholiques, ancien hôpital pour pèlerins, devenu « Parador » de grand luxe, offre le repas gratuit le matin, midi et soir aux dix premiers pèlerins qui se présentent munis de leur compostela (dans les 3 jours de sa délivrance) .

En dehors du plein centre-ville, la visite à la Collégiale Santa Maria do Sar  (près de la gare) mérite une visite.
Si tu n’est pas trop pressé de rentrer, tu pourras continuer jusqu’au Cap Finistère à 90 km ou une attestation de pèlerinage te sera délivrée. Plus rapide, 20 minutes de train te permettra de découvrir Padron où aurait échoué la barque ramenant le corps de Saint-Jacques, à l’église Santiago sous le maître-autel tu verras la borne romaine à laquelle fut attachée la barque, tu pourras également visiter la Collègiale d’Ira Flavia, la plus ancienne église au monde dédiée au culte de la Vierge ».

« Au terme, soit fier d’avoir réussi, d’avoir dépassé tes limites, d’avoir vaincu  

tes peurs, d’avoir……….. »

Brève histoire de Saint-Jacques

“Le pèlerinage de Compostelle est né au IXe siècle autour du culte de saint Jacques. Jacques le Majeur fut l'un des plus proches disciples de Jésus. A l'ascension du Christ, il part évangéliser l'Espagne. De retour à Jérusalem, il est décapité par le roi Hérode. La légende raconte que la dépouille de saint Jacques fut recueillie par ses compagnons et placée dans une barque avant d'échouer sur les côtes de Galice. Au IXe siècle, un ermite aperçoit une étoile au-dessus d'un champ qui le guide vers le tombeau de saint Jacques. En pleine période de Reconquista espagnole, Alphonse II, roi des Asturies fait ériger un édifice autour du supposé tombeau sur le « champ de l’étoile » (Campus Stellae), qui devient Compostelle. Le culte de saint Jacques se répand et Compostelle devient, au Moyen Âge, l'un des plus importants pèlerinages de la chrétienté avec Rome et Jérusalem. Les pèlerins font le chemin jusqu'en Galice empruntant les chemins suivis par les marchands. La guerre de Cent Ans sonne le déclin du pèlerinage qui tombe peu à peu dans l'oubli. En 1982, le voyage du pape Jean-Paul II à Saint-Jacques attire de nouveau l'attention. Il y organise les JMJ (les Journées mondiales de la jeunesse) en 1989. L'Espagne et les institutions européennes investissent sur le balisage des chemins. En 1993, la partie espagnole du chemin est inscrite au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco et, quelques années plus tard, c'est au tour de 72 monuments qui jalonnent les chemins de Saint-Jacques en France à être inscrits. Depuis, le succès ne se dément pas, attirant ces dernières années à Compostelle plus de 200 000 personnes de 172 nationalités différentes“.

Félicitations et remerciements à Sébastien.

C’est dans cette bulle de bonheur qui vient tout juste d’être soufflée qu’elle va déjà éclater, ne laissant d’elle d’autre trace que celle des souvenirs amassés. Ces fameux jours durant lesquels la fatigue commence à exercer son funeste ouvrage tu as tenu le coup, car les pas se sont fait plus lourds, et les rires moins tonitruants. 

Je tenais à remercier Sébastien de nous avoir fait voyager par ces paysages magnifiques pendant ces 93 jours, en ayant déjà remarqué lors de nos échanges, qu’il avait changé au fil des jours.

Je souhaite que nos ASORIENS soient fiers d’avoir un homme comme toi dans leur rang.

 

Patrick Didier

Texte et photos